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  • Photo du rédacteurflorencemula

Novembre 2015

Ce matin, je suis passé près de toi, comme tous les jours, et j'ai enfin osé te regarder dans les yeux.Samedi, je t'ai frôlé mais je n'ai rien voulu voir. Je marchais dans le sang mais je n'ai pas regardé mes chaussures. Je n'ai vu que des plumes sur une table. Des plumes ! ... Les plumes sont parfois pour les enfants comme les clins d'oeil des anges.Mais les plumes venaient de la doudoune du kamikaze.Dimanche, je t'ai recroisé et j'ai vu ces traces sur le sol sur lesquelles tout le monde avait marché... Elles formaient un dessin, presque une arabesque.C'était presque beau.Certaines personnes étaient là et te demandaient comment tu allais. Je pleurais, mais je ne me suis pas arrêtée.Combien de fois me suis-je assise sur tes chaises, presque le seul endroit de la place où boire une bière au soleil par un après-midi de beau temps. Le soleil, lui, sera toujours là.Tu as souvent changé de nom, tu n'es certes pas le plus beau café du quartier, mais une terrasse à Paris, au soleil, c'est le Graal. Et ta terrasse je la fréquente depuis 15 ans. J'y ai pris des cafés les dimanches, des apéros le vendredi soir, je m'y suis assise un jour pour prendre un expresso avant de rentrer chez moi car j'avais bu un peu trop de champagne en plein après-midi, j'y ai dîné avec mes amis... C'est là que j'ai partagé, sans le savoir encore, un dernier verre avec mon amoureux un jour de juin.Pour un parisien, notre quartier, c'est notre père et notre mère réunis. C'est notre cocon, notre refuge. Le café, son emblème. On ne pense pas qu'un jour, quelqu'un puisse lui faire du mal ou qu'il pourrait nous faire du mal, malgré lui... Maintenant, tu sais, et moi aussi, à quoi ressemble le bruit d'un homme qui se fait sauter. Tu saignes et souffres comme ceux qui étaient assis chez toi ce jour-là... C'est une partie de notre vie qui a volé en éclats et une partie de nous qui y est restée. Comme ailleurs, tu es couvert de fleurs et de mots doux pour adoucir ta peine. Je te promets désormais d'essayer de te regarder bien en face, mais je ne te promets pas d'être capable de te reprendre un jour dans mes bras. Pas tout de suite en tout cas... Mais ça ne m'empêche pas de t'aimer. ça, personne ne pourra jamais me l'enlever



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