Dernier bal masqué
- florencemula

- 14 janv.
- 3 min de lecture
Au mois de décembre, je vous écrivais ce que je détestais le plus à l’annonce d’un deuil. Et le fait que souvent, nous nous sentions obligé-es de nous justifier de notre souffrance et notre chagrin. (En fonction de l’âge - mais arrêtez avec la normalité du départ, c'est une dinguerie !- du degré de connaissance, de la taille, du poids, que sais-je encore comme connerie. Oui, j’ose bien le mot).
Je côtoie la mort et la maladie depuis longtemps. Mais je ne suis pas la seule. J’ai autour de moi des personnes formidables qui écoutent, soignent, conseillent au quotidien, au détriment souvent de leur propre santé. Et qui souffrent elles-aussi de la perte de personnes qui ne sont pas de leur ‘famille’ ( on pourrait écrire un livre sur cette définition), mais qui souffrent surtout de l’indifférence face à leur tristesse.
Alors, aujourd’hui, j’ai envie d’en remettre une petite couche par un (petit) coup de gueule parce que ce que je vous raconte sur ma page professionnelle dans le cadre de mon travail, je le pense profondément pour moi.
Donc, la prochaine fois que vous voudrez me dire comment je dois me situer face à la fin de vie de quelqu’un, de la perte d’une personne que j’aime ou du temps que je prends pour honorer mes morts ou mon chagrin, soyez conscient justement qu’il n’y aura pas de prochaine fois.
De même que lorsque je dis que je traverse un deuil et qu’on m’envoie en retour un message qui n’a rien à voir, sauf le fait de vouloir parler de soi. J’ai fini d’expliquer et de vous expliquer, j’ai fini de me justifier, j’ai fini de vous faire passer avant moi parce que vous avez besoin d’attention ou parce que vous estimez que la personne était ‘vieille’ et que la vie est ainsi faite ou parce que vous estimez que mon degré d’amour ou d’amitié avec cette personne ne justifie pas que je la pleure plus que deux jours. Ou de me dire que mon chagrin n’est qu’une projection.
Je vous le redis : cette année, je dis Fuck! Et c’est définitif.
Chères/Chers ami-es endeuillé-es, je vous enjoins à faire de même. A bannir de votre vocabulaire les ‘ça va passer ; ça va aller’ pour ménager l’autre ou les autres. Ça va sûrement passer, oui mais pas maintenant. Ça va sûrement aller, oui mais quand vous l’aurez décidé. Et ne laissez pas une personne qui vous appelle dans ces momets précis vous parler uniquement d’elle.
Vous méritez que pendant quelque temps l’attention ne soit portée que sur vous.
Parce que parfois, la vie est ainsi faite que nous vivons des deuils lourds et consécutifs. Loi des séries ou pas, ( désolé pour ceux que ces séries dérangent - oui, il y en a), je n’ai pas de réponse à cette question, ce sont des ruptures de vie brutales qui vous changent un peu à la fois, comme la mer qui sape la falaise. Et ce qui permet qu’elle ne s’écroule pas tout à fait, ce sont l’attention et la délicatesse, le reste d’amour que nous pouvons partager sans attentes.
Alors merci à toutes celles et ceux qui ont une pensée pour les autres, pour moi, pour l’inconnu qui pleure dans le train ou à la station de bus.
Nous vivons une période brutale. Les gens ne se disent plus merci, ne se disent plus qu’ils s’aiment. Nous n’avons plus le temps, plus d'énergie J’ai lu hier sur Linkedin qu’il fallait arrêter les formules toutes faites comme ‘j’espère que vous allez bien’ parce que personne ne le pensait. J’en suis restée sans voix. En sommes-nous vraiment arrivés là ?
Là tout de suite, j'ai envie d'allumer une petite bougie pour B. qui est sur la photo, pour nos deuils et nos défunt-es. Et vous, aujourd’hui, comment allez-vous ?
P. S - Quelques petits tuyaux pour vos proches, parce que c'est pas la mort (mais seulement si vous le pensez, hein ? :
- Comment tu te sens ?
- Comment je peux t'aider ?
- Est-ce que je peux faire quelque chose ?
- Je suis désolé-e pour ce que tu traverses
- Je suis là si tu as besoin
- De tout coeur avec toi ...




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