Un coeur en briques rouges*
- florencemula

- il y a 4 jours
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Il y a quelque temps, un vilain vigile électronique à la sensibilité affûtée avait alerté de ma venue un magasin tout entier. L’être humain qui le secondait s’était alors approché en déclarant :
« C’est la beauté qui sonne ! »
Une fois l’étonnement et le rire dissipés, je me suis interrogée sur la place que nous laissons, dans nos cœurs fatigués de tant d’horreurs, à la poésie.
Lassés, blasés, arrivons-nous encore à la reconnaître ? Écrite déjà, elle décourageait les âmes désabusées qui cherchaient un sens à décortiquer. Pourtant, pourtant… elle est partout, et mon écriture peine, toujours, à en saisir le charme et la profondeur.
Ces petits éclats de poésie sont présents dans notre quotidien : quand un papillon entre par la fenêtre, quand une plume descend du ciel, quand un troupeau de chevreuils sort du bois, quand vous vous mettez à rire avec un ami dans le métro, quand un inconnu vous gratifie d’un compliment alors que vous venez acheter un bol, quand vous sentez une odeur qui déchire l’espace-temps et, d’un claquement d’élastique, vous renvoie en un battement de cil des années en arrière.
La poésie crie, brûle, murmure et crée de la beauté subjective là où on ne la cherche pas. Elle se découvre dans les mots, écrits ou épelés. Épluchures épaisses de vies. Elle se niche dans les ruines, s’incruste dans un refrain qui ne nous quitte pas, s’invite dans nos souvenirs sensoriels, fait vibrer nos corps à l’unisson d’une succession de sons en langue étrangère.
La liberté réside en elle, ou peut-être l’inverse. Certains meurent pour elle. D’autres lui doivent la vie.
Elle est un ressenti, une sensation, une tournure de bouche.
Elle se lit entre les mots d’une ritournelle picarde ou se susurre dans l’écho des fanfares.
En marchant, je la ressens dans chaque brique couleur sang. Je la vois dans le regard des pêcheurs ou des anciens mineurs, dans la justesse et l’amitié des carnavaleux froufroutant dans leurs clet’ches, dans l’émotion de ceux qui ont tout vécu et tout perdu.
Elle s’invite parfois au détour d’une confidence sur un parking de supermarché. Elle évoque des amis disparus, des parents aimés, des chiens fidèles. Elle les convoque.
Elle parle des mondes, de qui nous sommes et de qui nous pourrions être. De ces voyages que nous ne ferons jamais.
Elle est dans chaque larme qui roule des airrrs ; de ceux qui n’ont jamais vraiment appartenu.
Elle se pose là, dans ces instants suspendus où, bras dessus dessous, les voix s’accordent et s’élèvent à tue-tête.
Samedi, nous avons chanté entre amis « Des gens bien » de Marine*
. Et je me suis dit en rentrant, que nous avions alors la poésie au cœur. 'Un cœur en briques rouges…'




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