Pourquoi t'as pas d'enfants ?*
- florencemula

- 9 mars
- 3 min de lecture
Alors voilà. Que vous croyiez ou non à l'astrologie, il faut bien que je vous avoue que le passage Février-Mars n'a pas été un long fleuve tranquille. Je me disais justement hier que d'avoir choisi de travailler sur les deuils m'aidait quand même à ne plus être (trop) submergée quand ils se produisent. Les deuils, en tant que pertes/ruptures, sans qu'ils soient obligatoirement d'un être vivant. Avec la capacité de pouvoir prendre un peu de recul, ils me semblent plus 'assimilables' et l'inscription que j'en fais dans mon quotidien m'aide à repartir et explique l'envie que j'ai de tendre la main à d'autres.
Pour un partage qui s'en vient avec des collègues praticien-nes, je réfléchis depuis plusieurs semaines sur un axe plus genré du deuil. Inutile de vous expliquer à quel point les portes que j'ai poussées se sont ouvertes sur d'innombrables champs des possibles. Pas très bon pour l'hyperactivité. J'avais cru faire la paix avec le tsunami des livres que je n'aurai jamais le temps de lire. Une autre vague m'a emportée au loin.
Bien évidemment, derrière l'une de ces portes se trouvait la boite de Pandore et je me suis retrouvée face à de nombreux articles, majoritairement anglophones, qui traitaient de l'absence d'enfant circonstancielle. L'univers facétieux qui me disait sûrement : Allez, choupette. Tu as beaucoup étudié, travaillé, conscientisé mais là, si tu t'attaquais à une vraie question que tu évites depuis une bonne douzaine d'années. Hasard ( ah, ah, ah, ahhhhh) du calendrier, France Télévisions en profite pour diffuser le documentaire réalisé par Enora Malagré : 'pourquoi t'as pas d'enfants ? '. Ok. N'en jetez plus. J'ai compris le message.
Ce documentaire, qui donne un coup de pied dans la fourmilière et mériterait d'être le premier d'une longue série à thèmes, est venu, en plus de mes lectures, me questionner sur un dommage collatéral : est-ce que je me suis vraiment autorisée à vivre mes deuils ?
Pas à les justifier, pas à faire de la pédagogie comme dit Marianne James dans le reportage, pas à les expliquer en 5 minutes au téléphone pour ne pas gêner l'autre ou entre deux portes. Mais à les parler, les énoncer, les articuler à ceux qui ne veulent pas les entendre et plus encore à ceux qui savent.
La réponse a été fulgurante. C'est un grand non comme le crierait Jean-Marc Généreux.
Je ne me suis jamais autorisée à les pleurer, à en faire une dépression, à les câliner, les soigner, les enterrer, pas entièrement en tout cas. Toujours une question de place. Celle que mes maux/mots à moi pourraient prendre à revers. De la gêne que cela pourrait causer à l'autre. Toujours une question de temps. Celui que j'accorde à celui qui aurait envie de me parler de lui et qui attend son tour.
Alors plutôt que d'honorer mes morts, je sens que j'ai besoin en ce moment d'honorer mes deuils. Avec lenteur, avec douceur, avec amour surtout. Digérer toutes ces questions, ces phrases, ces attitudes qui m'ont percée de lames de maladresse mais aussi de méchanceté. Qui m'ont renvoyé une anormalité sociale. Qui m'ont questionné sur mon identité. Qui m'ont balancé sans ménagement culpabilité, égoïsme, des 'oui, mais toi tu', signifiant que je ne saurai jamais. Qui m'ont dit que j'avais 'de la chance'. Qui ont pris le dessus sur ce domaine en particulier quand elles étaient frustrées de le prendre ailleurs. Qui m’ont menacée d’exclusion en m’obligeant à surcompenser. Qui m’ont persecutée (oui Manu, toi et tes pairs, vous savez où le mettre votre réarmement).
Car oui, parmi ces deuils, comme pour tant de femmes et d’hommes qui se taisent, il y a celui de mon 'enfant-fantôme', celui qui n'a jamais existé mais qui chemine avec moi. Malgré le déni. Les ressentis étaient dans la boite derrière la porte. Et je me dis qu'il est peut-être temps aujourd'hui que nous continuions chacun notre route, toujours liés mais pas ensemble. Cette pensée, pour aujourd’hui en tout cas, m’apaise. Bref, j'y réfléchis, j'écris et je partagerai peut-être. En attendant, pour celles et ceux qui seraient intéressés, ce doc est une bonne introduction. ❤️🦋




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