Plaidoyer
- florencemula
- 9 févr.
- 3 min de lecture
Mon petit billet hebdomadaire est aujourd"hui un plaidoyer, un plaidoyer pour la disparition ferme et définitive de la chanson Hallelujah aux enterrements 😅
Bon. J’avais d’abord pensé écrire supplique et plagier Brassens, mais le mot m’a semblé un peu excessif. Pour bien commencer la semaine, optons plutôt pour une certaine douceur.
Quand j’étais adolescente, je collais mon transistor contre l’oreille et j’attendais fébrilement l’arrivée de Georges Lang (pas Jack – il n’est pas politiquement correct de le citer actuellement) sur les ondes de RTL pour ses fameuses sagas. Cela fait très longtemps que je n’écoute plus cette radio — depuis l’époque où la redoutable « valise » a cessé de traumatiser la jeunesse que nous étions — mais je dois à cet animateur une large part de ma culture musicale.
Un soir, à moitié endormie dans mon lit, j’ai entendu Born in the USA de Springsteen. Un amour inconditionnel, immédiat, viscéral a alors pris racine dans le cœur et l’imaginaire de mes quatorze ans pour ne plus jamais me quitter. J’espère encore aujourd’hui que je vais le croiser au détour d’un chemin et que nous nous enfuirons ensemble pour une vie de débauche dans une yourte, au fin fond de la Lozère. 😍
Born in the USA, cette chanson qui venait des tripes et qui l’a fait connaître en France, a pourtant été très mal comprise par le public à sa sortie. Je ne dirai pas que nous sommes fâché.es avec les langues étrangères (quoique… hum, hum), mais beaucoup y ont vu une ode patriotique aux États-Unis, alors qu’elle en est précisément la critique.
Dans le même ordre d’idée, vous souvenez-vous de cette publicité néerlandaise pour une méthode de langues ? Toute une famille, entassée dans une voiture, chantait à tue-tête un refrain extrêmement entraînant avec le sourire : “I wanna f… you in the a…”. La décence m’oblige à ne pas poursuivre, mais l’idée est là.
C’est un peu la même chose avec la chanson de Leonard Cohen ‘Hallelujah’. La première fois que je l’ai entendue, c’était dans la version de Jeff Buckley. Inutile de vous dire que je l’adore, que je la vénère même, mais pas au sens liturgique du terme : elle est pour moi une chanson qui se savoure dans l’intimité de la chambre à coucher et pas sur les bancs d’une église.
Certes, Cohen n’a jamais vraiment confirmé ni démenti les innombrables supputations des uns et des autres quant à l’intention première de son écriture. Mais il me semble assez clair que si les endeuillé·es — et les pompes funèbres avec elles/eux — connaissaient la dimension charnellement orgasmique de cette œuvre manifestement inspirée, ils hésiteraient sans doute davantage à la programmer lors des cérémonies funéraires, entre deux Ave Maria.
À choisir, elle serait peut-être mieux à sa place dans un mariage, pour bénir les futurs marié·es et leur souhaiter une vie féconde, sensuelle et inspirée.
Bien évidemment, loin de moi l’idée d’interdire quoi que ce soit, et l’appropriation des œuvres poétiques se doit d’appartenir à qui les lit/les écoute dans la transposition qui sied à l’imaginaire, et je ne vois, en soi, aucun problème à ce qu’elle soit utilisée dans un lieu sacré ou ailleurs.
Encore faudrait-il savoir ce que l’on convoque. Ne pas prendre un long gémissement ´mystique’ pour un psaume. Et un chant de fièvre charnelle pour un chant sacré.
Sauf si les deux se rejoignent dans une apothéose sublime comme l'a expérimenté notre ancien président Felix Faure. (référence d'un autre temps...je sais).
Bref, en attendant notre mort, restons curieux ; apprenons les langues étrangères, ouvrons les oreilles autant que l’esprit, et écoutons Jeff, Bruce ou Leonard en comprenant ce qu’ils disent vraiment, quitte à les traduire, plutôt que de créer des contresens parfois savoureux.
Bonne semaine en chansons 😉😘🦋
PS : 3 suggestions plus Rock and Folk
- Cadillac Ranch, Springsteen
- Time in a Bottle, Jim Croce
- Are you ready? Pacific Gas and Electric
Bonus bonne humeur :
- si vous ne savez pas où vous voulez transitionner : Life on Mars? Bowie
- Si vous vous sentez d’humeur ironique : What a wonderful World, Armstrong
- Si vous voulez que tout le monde pleure : Amazing Grace, Version Judy Collins
- Si vous pensez ‘ Bon débarras’ : I feel Good, James Brown
