Ecrits

Introduction au Rien

J’avais envie de partager avec toi des petits audio courts, de rien du tout. Pourquoi. Ben, finalement, je crois que le pourquoi n’est pas tellement important, ni le comment. C’est ce que je répète toujours à mes patients.

Peut-être même que je t’en parlerai un jour.

Partir de rien ou partir du rien, pour créer un petit rien, 2’de rien ? Telle est la question.

‘La Nature a horreur du vide’ pourtant.

Moi, j’aime bien les expressions populaires, celles dont on ne sait plus d’où elles viennent, ou qui les a créées. Aristote ou ma grand-mère.

Le rien serait la création du vide. La préparation, la phase de transition. Dans le rien, il y a le vide et dans le vide, il y a un espace creux, celui dont on dit parfois qu’il n’y a rien, genre, ‘entre ces deux neurones’, il n’y a rien. Tu me suis ?

Or, en physique quantique, le vide n’est pas vide.

Même le vide intersidéral contient plein d’atomes paraît-il…

Casimir l’a théorisé, du vide naît une force. Casimir, le physicien, pas la forme orange d’un autre temps, qui elle-aussi était en creux. Bref,

D’ailleurs, il n’y a pas de particules élémentaires dans le rien, si ? est-ce que c’est le rien qui a créé le big bang finalement ?

Le rien serait donc peut-être un espace de croissance, un espace donné à l’autre pour grandir.

Si le vide est un espace creux, il existe donc la matière en creux. De la matière en croissance, en devenir. Donc le vide est le vrai plein. La création vient du vide et retournera au vide, logique. Il faut donc voir les choses en creux.

 

Mais faut-il partir de rien ou de zéro ?

 

Est-ce qu’avec le zéro, on repart de zéro ou l’on est un zéro, un rien du tout, un rien du grand tout. On se cache dans un trou de souris ? Voir dans le numéro 1. Parce qu’il n’y a pas de numéro zéro. En tout cas, zéro est un nombre entier. A part entière. Unique et singulier, comme vous.

Et aussi, il faut un début à tout.

 

C’est ça le début du rien. Et ici, il dure 2’.

Danger Zone

C’était à Cannes ce mois de mai 2022.

Ce soir-là, je regardais Tom Cruise monter les marches du palais des festivals, et je réécoutais les paroles de cette chanson qui a marqué mon adolescence : Danger Zone et qui dit en substance que toi et moi allons prendre l’autoroute du danger jusqu’à dépasser la limite.

Ivresse de la zone de danger.

OK.

En même temps, tu le sais, mais je te le rappelle quand même, il n’est pas prudent de conduire ivre.

Pourquoi existe-t-il des limitations de vitesse sur la route d’après toi ? Et sais-tu qu’il est écrit dans la Convention de Vienne que « Tout conducteur de véhicule doit rester, en toutes circonstances, maître de ce même véhicule » (de façon à pouvoir se conformer aux exigences de la prudence et à être constamment en mesure d'effectuer toutes les manœuvres qui lui incombent).

 

Donc avec ta carrosserie extérieure, tu entends que tu dois matériellement rouler à une vitesse limitée ; d’ailleurs ton GPS bipe quand tu dépasses tes miles et te ramène à la limite… Game over.

 

Pourtant, tu me dis souvent que tu es ou a été à la limite du burn-out.

Mais qu’est-ce que ça veut dire à la limite de ? Cette limite serait-elle une lointaine cousine du nuage de Tchernobyl : le burn-out qui s’est arrêté à la frontière ! A la frontière…

A la frontière de quoi… ?

Quand tu me dis que tu as été harcelé.e, brisée que tu as perdu ta confiance en toi. Que tu pleurais tous les jours. Quand tu me démontres que tu n’étais pas en burn-out parce qu’on ne te donnait plus de travail…Et que le burn-out, on l’attrape à force de trop travailler… Ah, donc on ne fait donc pas de burn-out dans un placard ? Quand on est au point mort.

Ok, mais pour ne pas rester à la place du mort, la seule solution n’est-elle pas le coming-out ?

 

Quand émotionnellement, tu penses ne pas avoir le droit de ralentir ni de respecter tes feux de signalisation ou tes propres stops, de quoi s’agit-il finalement, si ce n’est t’empêcher de te choyer, questionner, mettre en avant, en lumière, Ta lumière, Ton estime personnelle.

 

De militer pour tes limites en quelque sorte.

 

Nier d’être ou avoir été en burn-out, c’est ne pas te reconnaître. Minimiser, c’est te considérer toi-même a minima et c’est continuer de faire résonner en toi cette petite voix qui nous dit ‘ tu n’y arriveras pas ou tu n’y arriveras plus jamais ou c’est ta faute’. C’est valider le ‘je m’en veux du je m’en veux du je m’en veux’…ad libitum

A la limite du burn-out, à la limite de la danger zone, à la limite de la limite, de la limite qui est déjà bien loin dans le rétroviseur.

 

 

La fureur de vivre a été romantique à une époque ; ça allait avec les voitures de sport. On sait malheureusement ce qui est arrivé à certain de ses chauffeurs… Aujourd’hui qui a-t-il de romantique à sur-vivre ? Sur-vivre, c’est vivre au-delà de sa vie. Au-delà de la vie elle-même. Et qu’y a-t-il au-delà de la vie ? L’au-delà ? Question de point de vie.

Le vrai bonheur

Une humoriste française a annoncé il y a peu sa grossesse sur les réseaux sociaux, tout à la joie de partager la nouvelle avec ses followers. Une autre actrice célèbre lui répondait en commentaire : ‘Le vrai bonheur arrive’. Comme tu t’en doutes, cette phrase m’a interpelée.

Je me suis alors demandée si le bonheur était vrai, ce qu’était d’abord le bonheur et si être mère était encore synonyme de ‘vrai bonheur’ au 21ème siècle.

Bref, un vrai bonheur, est-ce quelque chose qui rend heureux vraiment ?

 

Qui d’entre vous est excédé par toutes ces injonctions à être parfaitement heureux ? Levez la main ? Ouh là, Je vois que vous êtes nombreux.ses…

Dans le bonheur, il y a le – déterminant défini masculin singulier pour lequel j’ai amalgamé toutes les définitions rédigées par Marcel, l’un des grands amours de ma vie dont le Bon Usage de 1936 reste ma bible. Le définit potentiellement une réalité qui fait partie de l’expérience commune clairement identifiée qui renvoie à toute une espèce…

Est-ce qu’il n’y aurait pas alors confusion dans le cas qui nous intéresse ?

Car sommes-nous tous heureux des mêmes choses ? En d’autres termes, le bonheur est-il un concept objectif ? Oui si l’on en croit toutes ces injonctions mais alors cela signifierait qu’il est universellement reconnu comme tel. Un idéal universel en quelque sorte.

Le bonheur est devenu ces dernières années une quête, aussi mythique et magique que celle du graal. Qui dit quête dit héros ou héroïne. Indiana Jones/Lara Croft sort de ce corps ! Mais alors qu’est-ce que ça signifie ? Est-ce que certains vont tomber dans les pièges et y perdre la vie tandis que d’autres plus malins, ou plus fourbes, déjoueront les énigmes et trouveront le paradis perdu ?

 

On dit que le bonheur est un acte de foi, le saut de la foi en anglais, mais nous avons tous notre façon de sauter. Moi, par exemple, lors d’épreuves de saut en longueur, j’atterrissais toujours à l’endroit d’où j’étais partie. Ce qui faisait méchamment glousser ma prof d’EPS. Mais moi, je me disais que l’important, c’était de retomber sur terre.

Comme ce saut singulier, et même s’il me valait souvent un zéro à travers les yeux de la sanction, la définition de ton bonheur t’est propre. Et ton bonheur te ressemble. Personne n’est donc légitime pour en parler à ta place.

 

Il n'est la propriété de personne, d'aucune institution sociale ni familiale. Il est ce qui te rend heureux.se dans ta tête aussi bien que dans ton corps. Personne d'autre que toi-même ne peut savoir ce qu'il est.

Le bonheur, c’est ce que tu auras désiré. Ce que tu auras décidé.

En conclusion, comme le disait France, cherche ton bonheur partout mais pas comme tout le monde.

 

Sur cet exemple particulier qui m’a suggéré cette réflexion, toi qui m’écoutes et qui n’a pas connu le décrété bonheur d’être mère, qui a choisi de ne pas connaître ce ‘bonheur’ – ou qui n’a pas eu cette chance – sens premier de ce même mot et qui souffre de l’ignorance et du jugement qu’on peut porter sur ta situation, j’ai pensé très fort à toi.

 

Mais, Ça, ça mériterait qu’on en parle plus que 2’ non ?

 

Dans le ciel bleu de nos enfances

Dans une jolie émission de France Culture consacrée à la musique italienne, la journaliste évoquait la chanson ‘ Volare’ de Domenico Modugno qui, nostalgique, rêvait qu’il volait donc dans le ciel bleu de son enfance. La barrière de la langue a parfois cet effet de créer des malentendus sur le contenu et la consistance de ces poésies chantées, surtout lorsqu’elles font des hits sur d’autres accords.

 

Dans nos enfances, les ciels ne sont pas toujours bleus ; ils sont souvent bleu grisés et varient, se désaccordent et dissonent. Nous les quittons un jour, en emportant, empotés, en pot toujours trop petits, nos racines que nous essayons de faire pousser, là où nous sommes. Ces racines contenues dans des melting-pots constitués de toutes les terres que nous avons foulées, est-ce que parfois elles peuvent s'arrêter de croître ? Tout à fait ou partiellement ? Ou est-ce que peut-être, telle une plante -fille, elles font des rejets par procuration :  sur nos enfants où les gens que nous avons un jour côtoyés/aidés/choyés ? Est-ce que, comme les bouts d’âmes que nous laissons avec les êtres aimés, nous leur laissons des bouts de racines ?

 

Et comment peut-on exister lorsque les souches de ses fondations sont arrachées ou incomplètes ou lorsqu’à coup de chagrins, la bouture pousse de travers ?

Parfois les ciels mêmes brûlent tes racines, qui sans attention, se dessèchent et t’incitent à partir vers d’autres cieux définitifs ou embrumés.

Je regarde le noyau d’avocat dont j’essaie vainement de faire émerger la tige depuis plusieurs semaines et je m’interroge sur l’équilibre à trouver entre ces ciels et ces terres.

Telle Scarlett et Tara, quelle est la terre que tu chéris ?

Et t’es-tu déjà posé la question de savoir quel était ton ciel ? Celui du pays de la pluie ou des aurores boréales ? Celui où le soleil brille toute la journée où ne se lève jamais ? Celui que tu n’as pas encore rencontré ? Celui qui se remplit de nuages et d’orages ? Celui qui t’arrache de là où tu es né et où tu pensais être heureux pour toujours? Celui de tes parents, de ta lignée ? Quelle est la couleur de celui que tu peins dans tes rêves, .

Celle de tes réussites et de tes plus grandes désespérances ? Celui sous lequel tu te ressources ou celui sur lequel tu pleures ? Et quel est endroit au monde qui réunit les deux et où tu te sens équilibré, sans l’avoir pensé ou cherché ?

 

Ce matin, je me suis réveillée au soleil levant et sous le ciel qui rougissait, j’ai pensé à mes racines qui me font l’effet de flotter au-dessus du sol et je me suis souvenue que le soir, enfant, telle Mme Bovary à sa fenêtre, je rêvais que je volais. Voler ou pas dans le ciel de ton enfance. Voler vers ta terre. Voler vers ton harmonie.