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Changer le disque - 1ère partie

  • Photo du rédacteur: florencemula
    florencemula
  • 5 mai
  • 3 min de lecture

Vous posez un 33 tours sur la platine. Il est tôt. Ce disque, vous l'avez écouté tous les jours pendant des dizaines d’années. Vous l’avez aimé. Vous avez tellement de souvenirs qui lui sont attachés. Il est un peu rayé et vous agace parfois par ses petits défauts à peine perceptibles. Vous vous servez un café fumant. Dehors le jour se lève. Les premières notes s'élèvent.

En vous, quelque chose cède.

Vous vous levez calmement, éteignez la platine et brisez le disque. Vous débranchez l’appareil, mettez votre manteau, prenez vos clés. Un jour presque comme les autres.



Voilà comment, malgré toutes nos certitudes et promesses, nous pénétrons sur la terre brûlée du burn-out émotionnel.

Le cerveau n’a rien décidé mais le corps, lui, a lancé une impulsion si forte, si irrépressible qu'aucun retour en arrière ne semble désormais possible.


Nous nous sommes mis en route sur le chemin de transformation et nous trouvons désormais dans une phase de transition inconfortable, étrange, sur laquelle nous tentons d’apporter un éclairage. La version de nous-mêmes qui a aimé cette musique n’est pas la version vers laquelle nous nous engageons. Que nous est-il arrivé ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Qu’est-ce qui, en moi, a basculé ?


Cette révélation m’a foudroyée un soir de folle lucidité et j’ai vécu une grossesse inattendue, difficile et expresse. La pression constante m’était devenue insupportable et j’ai accouché d’une vérité implacable mûrie en silence : en laissant mes blessures définir mon identité, j’avais donné aux autres/ à l’autre le contrôle sur mon avenir.

J’ai pris conscience que je répétais sans cesse les mêmes schémas : sauver, consoler, répondre, écouter, valider. Et absorber, sans fin, tout ce qui venait à moi : les frustrations, les colères, les peurs, les blessures. Parce que je ne comprenais pas que je n’étais pas obligée de toujours donner ou absoudre.


Conditionnée à scanner les gens, les pièces, les humeurs, à marcher sur des oeufs, à ré-concilier, à materner, à prendre par la main, à donner gratuitement mon temps, mes compétences, mon coeur. A tout le monde, sauf à moi-même.


Jusqu’à l’étouffement et la saturation émotionnelle.


Jusqu’à ne plus savoir ce qui m’appartenait ou non, qui j’étais et quels étaient mes désirs.


L’élément déclencheur du changement n’existe pas toujours et lorsqu'il est identifiable, il tient moins à un instant précis qu’à une lente accumulation de charges, de pression, d’interactions frustrantes, à la succession des masques sociaux que nous avons portés, jusqu’à nous oublier, jusqu’à nous perdre. J’étais devenue la somme de tous les autres, de toutes mes expériences et des leurs, de tous mes traumas et des leurs, de toutes mes joies et des leurs.

Etre heureux.se ‘quoi qu’il en coûte’, être aimé.e ‘quoi qu’il en coûte’. Dire oui ‘ quoi qu’il en coûte’. S’adapter quoi qu’il en coûte. Me justifier quoi qu’il m’en coûte.


Nous vivons dans un système brisé ; où le coeur et les oreilles deviennent des organes négligés ou mal employés. Où les relations se limitent trop souvent à ce que l’autre peut nous apporter. Où l’on oublie de poser cette question : « Et toi ? Qui prend soin de toi ? »


Une fissure qui apparaît discrètement, se propage de manière insidieuse, craquelle le vernis et lézarde les profondeurs jusqu’au jour où la répétition de trop brise le moteur.


Changer implique alors d’arrêter de porter et de supporter : les attentes, les injonctions implicites à se diminuer, le poids des insatisfactions qui ne sont pas les nôtres, les incursions non-choisies dans notre intimité.


Parce que nous n’avons jamais posé nos limites. Nous pensions que nous pouvions assumer, que notre générosité était notre force, notre étendard, que nous étions dans un partage sincère, alors que, mort.es de soif, nous donnions aux autres l’eau de notre puits.


Alors vient le moment d’équilibrer les échanges, de poser des limites claires et de ne plus valider l'absence de réciprocité émotionnelle.

Arrêter de négocier lorsqu’une information est transmise.

Plus de monologue imposé, de promesses non honorées. Ne plus être le réceptacle passif de la vie de l’autre, de ses humeurs, de ses attaques.


Arrêter de tout comprendre, tout accepter ; arrêter de se taire, de valider. De laisser croire que son temps compte moins que celui de l’autre. De subir le silence, l’absence, l’indisponibilité émotionnelle.


Cela vous est-il est déjà arrivé à vous-aussi ? De culpabiliser parce que vous avez dit Non ou Stop ? De ressentir ce décalage, cette angoisse sourde et coupable de ne pas être assez ? D'avoir l’impression d’avoir crié alors qu’il ne s’agissait que d’un murmure ?


 ‘Tu n’avais qu’à parler plus fort ! ‘


A suivre....



 
 
 

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